« Non les violoncelles, c’est encore trop fort ! »

« Non les violoncelles, c’est encore trop fort ! »

PORTRAIT D'UNE RENCONTRE RÉCENTE. La mémoire conserve certains détails que la plume ancre dans une réalité, la nôtre.

Dans une grande salle fortement éclairée, des gens s’affairent, tirent sur le côté des tables, placent des chaises, des pupitres devant les chaises, une estrade devant les pupitres. Les chaises heurtent le sol, les tables tirées grincent, les gens se saluent, parlent, rient. Puis ils s’assoient et des bruits d’instruments commencent à se faire entendre : des violons, des flûtes, des hautbois. Dans cette cacophonie de notes il arrive : petit, cheveux noirs très courts, en jean baskets, casque de moto à la main, blouson en cuir.

Rien d’un chef d’orchestre symphonique de musique classique. Souriant, enjoué, il salue l’ensemble des musiciens, en passant entre les rangs, rigole avec certains. Enfin il monte sur l’estrade, lève une main vide et l’autre tenant sa baguette, la musique commence. « Non les violoncelles, c’est encore trop fort ! ». L’orchestre s’arrête, le chef n’est pas content ! Il s’énerve contre les violoncellistes qui ont oublié que leur morceau commence pianissimo. Perfectionniste, il leur fera recommencer dix fois les deux premières mesures et l’orchestre jouera encore et encore le premier mouvement de la symphonie, pendant les deux heures de répétition. Il reprendra son sourire à la fin, proposant à tous de discuter autour d’un verre.

C.