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Le hublot, le « toc toc » à la porte, histoire de surveiller…
Je me souviens le 6 novembre 2020, l’arrivée dans le service de l’Hermitte ,toute perdue ,en pleure, en souffrance depuis 18 ans .C’est un long combat ,les pesées , les prises de sang,et réapprendre à s’alimenter .Le bruit du matelas anti-escarres, la sonde avec le bruit de roulette pour l’alimentation ,le « toc toc » à la porte et que l’on ouvre le hublot, histoire de surveiller…
Je suis à ce jour et depuis deux ans suivie en hospitalisation séquentielle et Hôpital de jour; On est bien entourés, tout de même, et pour ça , je voudrais dire merci à tous les soignants qui se battent avec et pour nous.
C.
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La saveur du temps
La saveur du temps, le temps avant, le temps ici et maintenant !!! Qu’est-ce que véritablement le temps ? Avant je courais après le temps, je n’avais pas le temps, je n’aurais pas le temps. Toujours à la recherche du temps pour pouvoir être sûre d’avoir le temps de tout caser. Toujours courir après le temps comme monsieur Lapin dans Alice au pays des merveilles. « Je suis en retard, je suis en retard, j’ai un rendez-vous très important ! ». Aujourd’hui ce temps me semble bien loin. Ici tout est temps. Il y a un temps pour chaque moment de la journée : le temps du réveil, le temps de la pesée, le temps du petit déjeuner, le temps du yoga, le temps calme, le temps des soins, le temps des entretiens, le temps des ateliers, le temps du déjeuner, le temps de la promenade, le temps des visites, le temps des entretiens familiaux, le temps de la télé, le temps du dîner, le temps des permissions, le temps des séquentielles…
Ici on ne parle plus d’heure mais de temps. Ces temps qui durent chacun un long temps.
Temps qui nous fait vivre hors du temps, c’est le temps qui rythme la vie des patients de Lhermitte, qui au fil du temps se font à ce temps tout en espérant un jour retrouver le vrai temps… celui de la vie des autres, de ceux qui courent après le temps, dans l’espoir que le temps ne passe pas trop vite alors que pour nous ce temps reste une éternité.M.
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«Tout un symbole pour qui recherche la vie »
Bien sûr que je me souviens : 19 juillet 2021, premier jour hospitalisée, mais aussi date anniversaire de la mort de ma grand-mère. Tout un symbole pour qui recherche la vie. Passée le choc des premiers jours, un tsunami de vulnérabilité face à ce nouvel environnement dont je n’avais décidément pas tous les codes. J’avais au départ imaginé ne rester qu’un seul petit mois : quelle ne fût pas ma surprise de découvrir que vous étiez en salle depuis avril et que j’allais devoir envoyer valser rapidement mes calculs foireux !
Et aujourd’hui, que reste-t-il ? De cette transition imperceptible durant laquelle ce cadre strict, à l’allure hostile au départ, devient d’un coup ton quotidien ? La traversée : 7h15, bonjour, c’est l’heure de la pesée couloir lino-néon-ligne droite, chemisette APHP, en file indienne ?
Le goût agressif des vitamines grumeaux jaune radioactif ? Le cri strident de la sonde qui te réveille en sursaut ou les larmes salées ? Non, ce qu’il me reste aujourd’hui, ce sont nos matinées aquarelle désenchantée Mylène Farmer ; tout est chaos devant la grande télé de la salle commune. Nos soirées tisanes-colonies de vacances aux avant-goûts d’un service de géronto. L’odeur de la lavande, les chatons qui gambadent dans le jardin de l’addicto. Notre hilarité face à la classification douteuse de la bibliothèque qui relie timidité, alcool et violence à homosexualité : c’est la décadence !
Le piano du bas et les notes qui s’en échappent lentement sous les doigts dans les couloirs-abbaye. La bienveillance de l’équipe soignante, si vous avez besoin de nous on est juste à côté, malgré la fatigue des journées de travail très remplies.Et cette belle soirée d’août, la chaleur du soleil sur ma peau, la Fuerza del destino de Mecano s’élevant doucement dans les airs et une patiente de psychiatrie, porte de la chambre ouverte, qui m’envoie son meilleur sourire ; jusqu’aux oreilles. Des moments comme ça, il y en a eu des dizaines et des dizaines, ils n’empêchent pas les larmes de couler, mais ils apaisent le coeur. « Tous les orages viennent à manquer de pluie » disait Maya Angelou dans une interview…
A.
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« Un dernier mot pour la décrire : super héroïne car sans le savoir,elle a sauvé une vie »
Madame G. est prof de lettres dans un lycée du Val-de-Marne. Madame G. aime ses élèves et son métier. Passionnée, elle s’entête à aider toutes ces petites têtes à s’enrichir. Elle les remplit de règles de grammaire et d’orthographe, mais surtout de mots, de phrases, d’histoires. Madame G. est attentive. Si attentive qu’un jour elle a remarqué que la petite lumière qui brillait dans les yeux de l’une de ses élèves avait cessé de scintiller, que sa joie de vivre avait cessé d’exister, que ce qui auparavant l’intéressait n’éveillait plus son intérêt. Si attentive qu’elle a remarqué que son corps maigrissait. Alors elle a lancé l’alerte.
Discrète, elle a œuvré dans l’ombre, surtout ne pas heurter. Elle a prévenu l’infirmière scolaire, a appelé des parents inquiets. Après le début de la prise en charge, elle a continué à œuvrer, à soutenir, à aider. Ses courts textos commençaient toujours de la même façon « Bonjour L., je viens prendre de tes nouvelles ». Elle est touchante madame G., elle s’inquiète toujours pour les autres avant de se préoccuper d’elle même. Attentive, aimante, touchante, préoccupée, intéressée, voilà ce qu’est madame G.. Un dernier mot pour la décrire : super héroïne car sans le savoir, madame G. a sauvé une vie.
L.
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« Non les violoncelles, c’est encore trop fort ! »
Dans une grande salle fortement éclairée, des gens s’affairent, tirent sur le côté des tables, placent des chaises, des pupitres devant les chaises, une estrade devant les pupitres. Les chaises heurtent le sol, les tables tirées grincent, les gens se saluent, parlent, rient. Puis ils s’assoient et des bruits d’instruments commencent à se faire entendre : des violons, des flûtes, des hautbois. Dans cette cacophonie de notes il arrive : petit, cheveux noirs très courts, en jean baskets, casque de moto à la main, blouson en cuir.
Rien d’un chef d’orchestre symphonique de musique classique. Souriant, enjoué, il salue l’ensemble des musiciens, en passant entre les rangs, rigole avec certains. Enfin il monte sur l’estrade, lève une main vide et l’autre tenant sa baguette, la musique commence. « Non les violoncelles, c’est encore trop fort ! ». L’orchestre s’arrête, le chef n’est pas content ! Il s’énerve contre les violoncellistes qui ont oublié que leur morceau commence pianissimo. Perfectionniste, il leur fera recommencer dix fois les deux premières mesures et l’orchestre jouera encore et encore le premier mouvement de la symphonie, pendant les deux heures de répétition. Il reprendra son sourire à la fin, proposant à tous de discuter autour d’un verre.
C.
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« Petite, si petite et pourtant profondément interpellante… »
Elle est là, au milieu du couloir si froid de l’unité l’Hermitte de Paul Brousse, proche d’un mur, comme pour se soutenir. Petite femme, jolie femme emplie de douceur sur un corps qui la porte à peine. On s’attarde sur ses jambes qui font penser à celles d’un enfant. Et pourtant, la maturité, la sagesse, le savoir et la connaissance émanent d’elle. Petite, si petite et pourtant profondément interpellante… ses cheveux enrobent sa tête comme une crème chantilly, douce et vaporeuse. Son regard bleu empli de bienveillance et attentif perpétuellement à l’autre ne laisse personne indifférent. Elle porte à chacun un mot réconfortant.
Elle est le visage et le corps incarnés du combat de bon nombre d’entre nous qui souffrons cachées, dans notre intimité et notre univers parfois sombre. Elle attire, on a envie de savoir, de comprendre et pour autant elle impose la distance de la pudeur évitant une bienveillance quelque fois carnivore et inappropriée. Cette patiente sera probablement le souvenir emblématique de cette période si particulière partagée avec elle ; elle, la figure quasi biblique au milieu des démons et torpeurs que ce voyage réveille. Tricoteuse assidue et motivée, de ses mains agiles elle crée la matière. Il est intéressant de la voir tricoter avec finesse des kilomètres de morceaux, comme si elle rassemblait, mettait en forme, donnait du corps à différents fragments de vie. Un travail réparateur ?
C.











